Que faire lorsque votre locataire ne paie plus le loyer en 2026

découvrez les démarches à suivre en 2026 lorsque votre locataire cesse de payer le loyer : conseils juridiques, solutions amiables et recours pour protéger vos droits de propriétaire.

Lorsqu’un locataire cesse de payer le loyer, le réflexe naturel est la crainte de voir des mois de revenus s’évaporer, avec à la clé un crédit immobilier qui continue de courir. Pourtant, le cadre juridique français encadre de manière très précise chaque étape, du premier impayé jusqu’à une éventuelle expulsion. Entre les réformes récentes, l’obligation de clause résolutoire dans les baux d’habitation récents et les délais resserrés de commandement de payer, la situation a profondément évolué. Un propriétaire réactif, organisé et méthodique peut limiter très concrètement ses pertes et sécuriser son patrimoine locatif, même face à un locataire défaillant. Comprendre ce « chemin balisé » permet de transformer une crise apparente en simple incident de gestion.

Face à un impayé, tout l’enjeu consiste à agir vite, mais sans précipitation, et à documenter chaque démarche. Un simple mois en retard doit déclencher une relance écrite, puis, si besoin, une mise en demeure, l’activation de la caution et la mobilisation des aides au logement. Si l’impayé persiste, la procédure s’appuie sur un triptyque très structuré : commandement de payer, assignation devant le juge, commandement de quitter les lieux. Parallèlement, des outils de prévention comme les assurances de loyers impayés, la garantie de paiement des loyers ou une gestion rigoureuse des quittances et reçus évitent que la situation ne dégénère. L’objectif n’est pas seulement de « récupérer un logement », mais de préserver votre trésorerie, votre relation bancaire et la performance globale de votre investissement.

Que faire dès le premier loyer impayé : réflexes immédiats et stratégie amiable

Tout commence le jour où le loyer attendu ne tombe pas. La pire réaction serait d’attendre, en espérant un retour spontané du locataire. Les statistiques des administrateurs de biens montrent qu’un impayé traité dès le premier mois est fréquemment soldé à l’amiable, alors qu’une dette laissée courir trois mois ou plus bascule bien souvent dans le contentieux lourd. Autrement dit, votre réactivité des premières semaines conditionne directement le coût final de l’incident.

Le premier réflexe consiste à vérifier les faits : la date d’échéance prévue au bail, éventuellement confirmée par les habitudes de paiement antérieures, puis les mouvements sur votre compte. Un virement peut avoir pris du retard, un RIB peut être mal saisi. Un message cordial – mail, SMS ou appel – permet de clarifier la situation sans dramatiser. Il est utile de rappeler de manière factuelle le montant dû, la date prévue et de proposer une régularisation sous quelques jours. Cette première approche, souple mais ferme, suffit souvent si la difficulté est ponctuelle.

Dans la foulée, il est judicieux de vérifier vos propres outils de suivi. Une gestion disciplinée des quittances et attestations de paiement facilite autant les échanges avec le locataire que la constitution d’un éventuel dossier judiciaire. L’utilisation d’un modèle structuré comme une quittance de loyer ou d’une attestation de paiement des loyers vous permet de produire immédiatement le décompte des sommes versées et des arriérés en cas de contestation. Ce n’est pas de la paperasserie : c’est la colonne vertébrale de votre crédibilité.

Si, quelques jours après ce premier contact, aucune régularisation n’intervient, le passage à l’écrit formel devient incontournable. La mise en demeure de payer, envoyée en lettre recommandée avec accusé de réception, doit rappeler : le montant des loyers et charges impayés, la date d’échéance, le numéro du bail, le délai que vous accordez pour régulariser (généralement 8 à 15 jours) et l’information claire qu’à défaut, vous mandaterez un commissaire de justice pour délivrer un commandement de payer. Cet écrit joue un double rôle : il fait office de dernier avertissement et constitue une pièce majeure dans le dossier à venir.

Dans le même temps, il est crucial d’activer deux relais souvent sous-utilisés par les bailleurs particuliers. D’abord, la caution, lorsqu’un garant a été prévu au bail. L’acte de cautionnement, qu’il soit simple ou solidaire, détermine la marge de manœuvre : dans la majorité des baux récents, la caution est solidaire, ce qui autorise le propriétaire à réclamer la totalité de la dette directement au garant, sans attendre l’issue de la procédure principale contre le locataire. Ensuite, les aides au logement : un signalement à la CAF ou à la MSA dans les deux mois suivant la constitution de l’impayé permet en principe le maintien de l’aide et la mise en place d’un plan d’apurement, ce qui constitue un filet de sécurité pour votre trésorerie.

Dans une optique de gestion professionnelle, un propriétaire chevronné propose souvent un plan d’apurement écrit, même lorsque la procédure contentieuse se profile. Il peut, par exemple, accepter d’étaler une dette de deux loyers sur six mois, à condition que le loyer courant soit payé à date. Ce type d’accord, signé par les deux parties, est précieux : si le locataire le respecte, vous évitez la procédure ; s’il échoue, vous démontrez auprès du juge votre bonne foi et votre souci de conserver le locataire dans des conditions soutenables.

Un exemple concret illustre la puissance de cette approche. Dans un T2 loué à un jeune actif, un propriétaire constate un premier impayé en février. Plutôt que d’attendre, il écrit dès le 10 du mois, obtient l’aveu d’une rupture de période d’essai, puis propose un échéancier : paiement du loyer courant, et rattrapage du mois en retard sur les trois mois suivants. En parallèle, la CAF met en place un versement direct au bailleur dans le cadre d’un plan d’apurement. La situation se stabilise sans commandement ni audience, et le logement n’est jamais resté plus d’un mois sans flux financier.

La phase amiable ne consiste donc pas à « être gentil », mais à maximiser vos chances de recouvrement rapide, en faisant jouer tous les leviers disponibles avant l’engagement de coûts de procédure. Le point de bascule se situe au moment où le locataire ne répond plus ou ne respecte pas un accord écrit : c’est alors que la mécanique juridique doit prendre le relais, sans délai.

Structurer la prévention : garanties, assurances et dépôt de garantie

Anticiper l’éventualité d’un impayé dès la signature du bail change radicalement le rapport de force lorsque le problème survient. Trois piliers structurent cette prévention : le dépôt de garantie, la caution (ou garantie de paiement) et les assurances de loyers impayés. Ils ne sont pas interchangeables ; ils se complètent.

Le dépôt de garantie est une somme versée à l’entrée dans les lieux, destinée à couvrir d’éventuels loyers impayés ou dégradations à la sortie. Sa gestion doit être irréprochable. Émettre un reçu clair au moment de l’encaissement – par exemple à l’aide d’un modèle de reçu de dépôt de garantie – permet de sécuriser la preuve du montant et de la date. Au départ du locataire, la restitution du solde, selon les règles en vigueur, doit également être formalisée, notamment en s’appuyant sur un guide pratique comme ceux consacrés à la restitution du dépôt de garantie. Une gestion propre du dépôt renforce votre position si un contentieux naît sur la fin du bail.

La caution ou garantie autonome, quant à elle, est un levier plus offensif. Les dispositifs de garantie de paiement des loyers, qu’ils soient privés ou publics, ont beaucoup gagné en visibilité avec la montée des risques d’impayés. Un panorama détaillé des différentes formules, tel que présenté dans des ressources spécialisées comme la garantie de paiement des loyers, permet de calibrer le niveau de sécurité recherché : simple caution personne physique, garantie Visale pour certains profils, solutions privées via organismes spécialisés, etc.

À côté de ces garanties, l’assurance loyers impayés reste l’outil le plus radical pour lisser le risque. Elle couvre généralement les impayés, parfois les dégradations et certains frais de procédure. Son coût – entre 2 et 4 % des loyers annuels – doit être mis en regard de la probabilité d’un incident et du profil du locataire. Les propriétaires ayant connu un dossier lourd d’impayés comparent souvent rétrospectivement ce coût à une forme de « prime de sérénité » plutôt qu’à une charge.

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Cette stratégie de prévention n’est pas théorique. Un investisseur détenant plusieurs logements en zone tendue peut, par exemple, décider de souscrire une assurance loyers impayés sur les biens financés à fort levier de crédit, et se contenter d’une caution solide sur les petits logements moins risqués. Dans ce cas, la première analyse de solvabilité, la rédaction du bail, la vérification des garanties et la mise en place d’outils de suivi (quittances, attestations, relances automatisées) deviennent des actes de gestion aussi essentiels que la sélection du bien lui-même.

En définitive, la meilleure réaction face à un impayé reste celle qui a été préparée des mois auparavant. Les garanties, la documentation et la rigueur administrative transforment une situation potentiellement explosive en simple déroulé de procédures parfaitement maîtrisées.

Commandement de payer, clause résolutoire et délais légaux : le cœur de la procédure en 2026

Lorsque la phase amiable n’a pas permis de rétablir les paiements, le commandement de payer devient le pivot de toute la suite de la procédure. Cet acte, rédigé et délivré par un commissaire de justice (ancien huissier), vise généralement la clause résolutoire du bail, c’est-à-dire la clause prévoyant la résiliation automatique du contrat en cas d’impayés persistants. Depuis l’été 2023, cette clause est obligatoire dans les baux d’habitation nouvellement conclus, reconduits ou renouvelés, ce qui a renforcé la position du bailleur.

Concrètement, le commandement de payer doit comporter un certain nombre d’informations légales : le montant détaillé de la dette (loyers et charges), le montant du loyer mensuel, le délai laissé au locataire pour régulariser sa situation, l’indication du fonds de solidarité pour le logement (FSL) ainsi que l’information sur la possibilité pour le locataire de saisir le juge pour obtenir des délais de paiement. Pour les baux signés ou renouvelés après le 29 juillet 2023, le délai accordé est de six semaines. Pour les baux plus anciens, il demeure de deux mois.

Ce délai n’est pas qu’une formalité. Il constitue une dernière fenêtre pour un arrangement, tout en enclenchant des dispositifs parallèles. Le commandement est en effet signalé aux services compétents pour la prévention des expulsions, ce qui peut déboucher sur des aides complémentaires pour le locataire, mais aussi, de facto, sur des chances accrues de voir votre créance réglée, au moins partiellement. De votre point de vue de bailleur, c’est le moment de boucler votre dossier : décompte des loyers, copie du bail, échanges écrits, mises en demeure, éventuels accords d’apurement non respectés.

Un tableau récapitulatif permet de visualiser les principales étapes et délais à partir du commandement de payer :

Étape Acteur principal Délai indicatif Effet juridique majeur
Commandement de payer Commissaire de justice Jour J Ouverture du délai de 6 semaines (ou 2 mois) pour régler
Fin du délai de paiement Locataire / Bailleur J + 6 semaines Résiliation potentielle du bail via clause résolutoire
Assignation devant le juge Commissaire de justice À partir de J + 6 semaines Demande de résiliation et d’expulsion
Audience Juge des contentieux de la protection 6 semaines min. après notification au préfet Jugement : résiliation, expulsion, délais éventuels
Commandement de quitter les lieux Commissaire de justice Après le jugement Délai d’au moins 2 mois avant expulsion

Imaginons le cas de Sophie, propriétaire d’un appartement loué à un couple. Après trois mois d’impayés et plusieurs relances, elle mandate un commissaire de justice qui délivre un commandement le 5 mai. Le locataire dispose alors de six semaines pour régulariser. Il paie un mois, mais pas la totalité. À l’issue du délai, le bail n’est pas sauvé. Le commissaire prépare une assignation pour le juge des contentieux de la protection, audience fixée début septembre. Durant l’audience, le couple explique sa situation, mais n’a pas repris le paiement du loyer courant. Le juge prononce la résiliation, autorise l’expulsion et condamne au paiement de la dette.

Cette séquence illustre un point essentiel : sans commandement de payer régulier, tout le reste de la procédure s’effondre. Un simple courrier recommandé, même menaçant, ne remplace jamais cet acte. De la même façon, toute erreur de délai – par exemple une assignation trop tôt, sans laisser courir les six semaines – peut entraîner un rejet ou un renvoi du dossier, avec pour conséquence un allongement inutile des impayés.

À ce stade, la vigilance s’impose également sur ce que le bailleur ne doit jamais faire. Changer les serrures, couper les compteurs, faire pression sur le locataire pour qu’il parte « à l’amiable » sans décision de justice sont autant de gestes susceptibles d’être requalifiés en expulsion illégale, infraction pénale passible de peines lourdes. La seule voie sûre, même si elle semble lente, reste celle qui passe par le juge et le commissaire de justice, dans le strict respect des délais.

Diagnostic social, rôle du juge et marges de négociation à l’audience

À partir du moment où une assignation est envisagée, le dossier ne se joue plus seulement sur la chronologie, mais aussi sur la qualité des pièces et la manière dont vous articulez votre demande devant le juge. Pour les bailleurs personnes physiques ou les petites SCI, l’assignation doit être notifiée au préfet au moins six semaines avant l’audience. Ce délai permet de réaliser un diagnostic social et financier du locataire, document qui informera le juge sur la situation réelle de la famille, ses ressources, les démarches entreprises pour trouver des solutions.

Lors de l’audience, le juge des contentieux de la protection examine deux questions distinctes. D’abord, la résiliation du bail : la présence d’une clause résolutoire, la persistance des impayés après le commandement de payer, la régularité des actes suffisent en général à justifier la fin du bail. Ensuite, les délais de paiement et l’expulsion : le juge peut accorder jusqu’à trois ans de délais pour rembourser la dette, mais uniquement si le locataire a repris le paiement du loyer courant avant l’audience et s’il démontre sa capacité à apurer la dette selon un échéancier réaliste.

Pour le bailleur, la préparation de cette audience doit être menée comme un dossier financier. Il s’agit de produire un décompte précis des loyers et charges, les preuves des paiements reçus, les échanges de relance, les propositions d’apurement éventuellement refusées, voire les conséquences de l’impayé sur la gestion du bien (découvert bancaire, impossibilité de financer des travaux planifiés, etc.). Plus votre dossier est factuel, moins la procédure risque d’être retardée par des contestations techniques.

Il arrive que le juge, constatant par exemple qu’un locataire vient de retrouver un emploi et a commencé à régulariser, décide d’accorder un délai avec suspension des effets de la clause résolutoire. Cette option est une sorte de sursis : le bail est maintenu tant que le locataire paie le loyer courant et respecte l’échéancier fixé. À la première défaillance, la résiliation redevient effective et la procédure d’expulsion peut se poursuivre. Pour un propriétaire, accepter ce compromis peut s’avérer plus rentable qu’une expulsion brutale, surtout dans les zones où la relocation peut prendre du temps.

L’issue de l’audience n’est donc pas binaire. Elle peut ouvrir sur une résiliation immédiate, sur un maintien conditionnel du bail ou sur une combinaison d’expulsion et de délais de paiement pour la dette. Dans tous les cas, le jugement devient votre titre exécutoire, indispensable pour recouvrer les sommes dues et, si nécessaire, faire intervenir la force publique pour reprendre possession des lieux.

Commandement de quitter les lieux, trêve hivernale et expulsion : récupérer son bien sans faux pas

Une fois le jugement obtenu, beaucoup de propriétaires imaginent que le locataire devra quitter les lieux en quelques jours. La réalité est plus nuancée. Le jugement doit d’abord être signifié par un commissaire de justice, qui délivre ensuite un commandement de quitter les lieux. Cet acte fixe la date à partir de laquelle le logement devra être inoccupé et informe le locataire qu’il peut être expulsé par la force publique une fois ce délai expiré.

En principe, un délai d’au moins deux mois court à compter de ce commandement, sauf si le juge l’a réduit ou supprimé, notamment lorsqu’il estime que le locataire fait preuve de mauvaise volonté manifeste. Durant ce laps de temps, il est fréquent que certains locataires trouvent une solution de relogement, parfois avec l’aide d’une assistante sociale ou dans le cadre d’un protocole de cohésion sociale pour les logements HLM. Pour le bailleur, ces départs anticipés restent la solution la plus simple et la moins coûteuse.

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Si, à l’expiration du délai, le locataire est toujours en place, le commissaire de justice peut solliciter le concours de la force publique auprès du préfet. L’administration dispose de deux mois pour répondre ; un silence vaut refus. En cas de refus, la responsabilité de l’État peut être engagée et le propriétaire peut être indemnisé pour la période où il n’a pas pu récupérer son bien, alors même qu’un jugement d’expulsion existait.

Un élément incontournable structure cette phase : la trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars. Durant cette période, aucune expulsion de locataire de sa résidence principale ne peut être exécutée, même en présence d’un commandement de quitter les lieux arrivé à terme. La procédure peut néanmoins continuer à se dérouler sur le plan juridique : jugement, signification, commandement, demande de concours de la force publique. En pratique, cela signifie qu’un propriétaire qui enclenche la procédure à l’automne ou en hiver ne « perd » pas ces mois, mais doit simplement accepter que l’expulsion effective n’interviendra pas avant le printemps suivant.

Sur le terrain, trois cas de figure se présentent le jour de l’expulsion. Si le locataire accepte de quitter les lieux, le commissaire de justice dresse un procès-verbal d’expulsion, éventuellement avec inventaire des biens laissés sur place et organisation de leur stockage en garde-meuble. Si le locataire refuse d’ouvrir, ou s’il est absent, le commissaire peut faire appel à la police ou à la gendarmerie, ainsi qu’à un serrurier, pour forcer l’entrée et procéder à l’expulsion. Dans chacun de ces scénarios, un procès-verbal détaillé est établi, avec la liste des biens et les modalités de leur récupération éventuelle par l’occupant.

Pour le propriétaire, l’enjeu à ce stade n’est plus seulement de récupérer un logement vide, mais aussi de limiter les suites contentieuses. Il est donc recommandé de :

  • Documenter toute la procĂ©dure d’expulsion, notamment les procès-verbaux et Ă©changes avec les autoritĂ©s.
  • VĂ©rifier l’état du logement dès la reprise des clĂ©s, en comparant avec l’état des lieux d’entrĂ©e.
  • Évaluer les Ă©ventuelles dĂ©gradations et impayĂ©s restant dus, en les distinguant de la simple vĂ©tustĂ©.
  • Activer les recours contre l’État si le concours de la force publique a Ă©tĂ© refusĂ©.
  • PrĂ©parer rapidement la remise en location pour rĂ©duire la vacance locative.

La question de l’occupation sans droit ni titre après résiliation du bail est également centrale. Une fois le bail résilié, le locataire n’est plus redevable d’un loyer, mais d’une indemnité d’occupation dont le montant est fixé par le juge, souvent équivalent au loyer antérieur. Le paiement partiel de ces indemnités, même tardif, demeure utile : il témoigne de la bonne foi du bailleur dans ses propres démarches et peut peser en sa faveur si un nouveau contentieux s’ouvre.

Cette phase terminale de la procédure n’est jamais agréable. Elle reste pourtant maîtrisable dès lors que chaque acte est posé dans les formes, sans initiative intempestive. Une expulsion conduite proprement, dans le respect du droit du locataire, protège le bailleur contre les risques de contestation ultérieure et préserve la valeur patrimoniale de son bien.

Gérer l’après-impayé : recouvrement de la dette, dépôt de garantie et remise en location

Une fois le logement récupéré, l’histoire n’est pas terminée pour le propriétaire. La dette de loyers et charges impayés subsiste en principe pendant trois ans, délai de prescription prévu par la loi pour ce type de créance. La stratégie post-expulsion porte donc sur deux axes : le recouvrement des sommes dues et la remise en location du bien dans des conditions optimisées.

Sur le volet recouvrement, le jugement d’expulsion assorti d’une condamnation au paiement des sommes impayées constitue un titre exécutoire. À partir de là, le commissaire de justice peut engager des mesures comme la saisie sur salaire, la saisie de comptes bancaires ou la saisie de biens mobiliers. Lorsque la procédure avait mobilisé une caution solidaire, celle-ci peut également être poursuivie sur la base de son engagement, sous réserve d’un titre exécutoire distinct si nécessaire.

Le dépôt de garantie joue ici un rôle immédiat. Le solde non restitué au locataire peut être imputé sur les loyers et charges impayés, ainsi que sur les dégradations constatées au-delà de la vétusté normale. La grille de vétusté éventuellement annexée au bail, ou une référence professionnelle telle qu’une grille de vétusté en location, facilite cette distinction. Il est impératif de formaliser cette compensation dans un décompte clair adressé au locataire sortant, ne serait-ce que pour verrouiller juridiquement la situation et éviter des contestations ultérieures.

Ensuite vient la question de la remise en état du logement. Les travaux nécessaires – peinture, remise aux normes, remplacement de certains équipements – doivent être arbitrés avec pragmatisme. Un bien remis sur le marché dans un état impeccable sera plus simple à relouer à un profil solide, voire à un loyer légèrement ajusté. Certains bailleurs profitent de cette période pour moderniser le bien (isolation, équipements plus économes en énergie) et ainsi renforcer son attractivité, ce qui se traduit, à moyen terme, par une meilleure stabilité des locataires.

La nouvelle mise en location est l’occasion d’analyser rétrospectivement ce qui a conduit à l’impayé. Le profil du locataire initial était-il fragile dès le départ, malgré des justificatifs en règle ? Le montant du loyer était-il tendu par rapport aux revenus ? La vérification des documents (contrats de travail, avis d’imposition, relevés) a-t-elle été suffisamment rigoureuse ? Autant de questions à transformer en critères objectifs pour la sélection du futur occupant.

Sur le plan administratif, il est recommandé de revoir la rédaction du bail et de ses annexes : présence de la clause résolutoire, mentions relatives aux charges, modalités de paiement (date précise, par exemple en s’appuyant sur des repères comme la date de paiement du loyer généralement pratiquée), règles de régularisation, signatures numériques ou physiques. Chaque nouvelle signature doit refléter les enseignements tirés de l’expérience précédente.

Enfin, l’après-impayé est un moment propice pour réévaluer sa stratégie de protection : souscription éventuelle d’une assurance loyers impayés, ajustement des critères de solvabilité, choix entre gestion en direct et délégation à une agence spécialisée. Certains propriétaires découvrent à cette occasion l’intérêt de solutions regroupant assurance, garantie et accompagnement juridique, qui transforment un risque diffus en coût fixe maîtrisé.

Au terme de ce cycle, le bien redevient une source de revenu régulière, mais le propriétaire solide aura gagné bien plus qu’un nouveau locataire. Il aura renforcé ses procédures, affiné sa lecture des dossiers et construit un véritable « système » de gestion des impayés, capable d’absorber les aléas futurs avec beaucoup moins de stress et de pertes financières.

Combien de temps prend une procédure complète en cas de loyer impayé ?

Entre le premier impayé et une éventuelle expulsion, il faut généralement compter plusieurs mois à plus d’un an. Le commandement de payer ouvre un délai de 6 semaines (ou 2 mois pour les anciens baux), puis l’assignation devant le juge implique un délai d’au moins 6 semaines avant l’audience lorsque le préfet est informé. Après le jugement, le commandement de quitter les lieux laisse en principe 2 mois au locataire. La trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars, peut encore allonger le calendrier d’exécution de l’expulsion.

Peut-on engager la procédure dès le premier loyer non payé ?

Oui. Rien n’oblige à attendre plusieurs mois d’impayés pour réagir. Dès le premier loyer manquant, il est pertinent de relancer par écrit, puis d’envoyer une mise en demeure si la situation n’est pas régularisée. Le commandement de payer peut être envisagé rapidement si les échanges n’aboutissent pas. Retarder les démarches ne protège pas la relation avec le locataire, cela ne fait qu’alourdir la dette et rallonger la procédure.

La tentative de conciliation est-elle obligatoire avant de saisir le juge ?

Pour les litiges relatifs aux loyers impayés d’un bail d’habitation, la loi n’impose pas de tentative de conciliation ou de médiation préalable, même si la dette est faible. Le bailleur peut donc, après l’échec du commandement de payer, saisir directement le juge des contentieux de la protection par voie d’assignation. En revanche, certaines démarches amiables (échange, plan d’apurement, recours au conciliateur) restent recommandées pour des raisons pratiques et financières.

Que risque un propriétaire qui change la serrure ou coupe l’électricité pour faire partir son locataire ?

Forcer un locataire à quitter son logement sans décision de justice et sans concours d’un commissaire de justice constitue une expulsion illégale, infraction pénale passible de peines pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. Couper l’eau, l’électricité ou le chauffage, changer la serrure ou retirer la porte sont assimilés à des pressions illégales. Même face à un locataire de mauvaise foi, le propriétaire doit impérativement suivre la procédure encadrée par la loi.

Que devient la dette de loyers après l’expulsion du locataire ?

L’expulsion met fin à l’occupation, mais la dette de loyers et charges reste due. Le bailleur dispose en principe de trois ans pour engager ou poursuivre des démarches de recouvrement. Avec le jugement comme titre exécutoire, le commissaire de justice peut procéder à des saisies sur salaire, sur comptes bancaires ou sur biens. Le dépôt de garantie non restitué peut être imputé sur la dette, et la caution, si elle existe, peut aussi être poursuivie dans les limites de son engagement.

Julien Delmas - Expert en investissement immobilier

Julien Delmas

Expert en investissement immobilier • Auteur de l’article

Fort de plus de 30 ans d’expérience dans l’immobilier patrimonial, Julien Delmas accompagne investisseurs débutants et confirmés dans la construction d’un patrimoine solide et durable. Spécialiste de l’investissement locatif, du financement, de la fiscalité immobilière et des stratégies long terme, il analyse les opportunités avec une approche claire, rigoureuse et orientée rentabilité. Sa vision allie sécurité, performance et transmission patrimoniale.

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